Exposition Oscar Rabine
02.08
2012

Oscar Rabine trouve son style en mêlant natures mortes et paysages avec un sens unique de la mise en scène. Il puise dans son cadre de vie les sujets de ses compositions. Voies ferrées, hangars, palissades, décharges, lignes électriques… Des chats faméliques errent à la recherche de leur pitance. Au premier plan, bouteilles de vodka, harengs saurs, pages de la Pravda, qui irrigueront toute son œuvre. Les tourments chromatiques, bruns, gris, ocres, prisonniers d’une pâte chahutée, épaisse, compacte, accentuent l’impression de désolation matérielle, d’isolement moral. Seule une faible lueur brille parfois à travers les carreaux des baraquements.

Peu de figures humaines. Les personnages n’apparaissent qu’indirectement, sous forme de portraits et d’autoportraits, de timbres-poste, de documents officiels, de photos dans un journal ou encore d’icônes. Mini-tableaux dans le tableau. « C’est le double sens que je donne aux objets qui me permet le mieux de raconter la condition humaine. » La bouteille suggère la fuite dans l’alcool, le passeport témoigne de la privation de liberté, les cartes à jouer symbolisent les caprices du destin… La presse soviétique traite Oscar Rabine de « peintre des poubelles ». L’art officiel repose alors exclusivement sur le « réalisme socialiste ». Les peintres se doivent de glorifier le régime. « Les couleurs obligatoirement éclatantes, le rouge des drapeaux, le ciel toujours bleu, les dents blanches, les joues roses, destinés à frapper l’imagination, ne venaient pas sous mon pinceau, écrit-il. Peut-être était-ce une sorte de protestation subconsciente contre le mensonge et l’hypocrisie. » L’Union des artistes de l’URSS contrôle toutes les expositions. Le système condamne le peintre et ses amis à la clandestinité. Toute transgression peut mener au goulag.

Suite de l'article par Pauline Mérange > http://www.artshebdomedias.com/article

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